Voilà déjà longtemps que je parle de changement d’échelle, et de l’effet libérateur que connaîtrait
notre société à se laisser aller à un changement de paradigme.
J’ai voulu ici montrer les effets de plus en plus néfastes de la résistance au changement sur notre vie
quotidienne –et de plus en plus visibles, à supposer que l’on chausse les bonnes lunettes…
Le Vrai toujours
Est ce qui naît
d'entre nous
et qui sans nous
ne serait pas
Né d'entre nous
Selon le souffle
du pur échange
Le Vrai toujours
Est ce qui tremble
Entre frayeur et appel
Regard et silence
François Cheng
Nous pensons et agissons aujourd’hui selon une modélisation du monde héritée à la fois du positivisme scientifique et du libéralisme économique.
La conjonction des deux nous donne des outils de faisabilité déconnectés de leur contexte et donc n’oeuvrant pas à la bonne échelle,
comme si nous voulions observer la lune avec un microscope, pour comprendre sa révolution.
Nous allons étayer notre affirmation par l’exemple de quatre champs qui nous permettront d’analyser en quoi nos modes de décision
sont inopérationnels, en tant qu’appuyés sur un type de pensée rendu caduc par son inadaptation à un contexte largement différencié de celui du XX ème siècle.
Nous argumenterons ensuite un changement de paradigme à travers quelques bouleversements de fondamentaux cognitifs, présentés comme une nécessité pour ajuster notre construit à la marche du monde.
Ne nous flattons donc point, voyons sans indulgence
L’état de notre conscience
Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la peste
Le domaine de la santé illustre aujourd’hui, hélas, assez bien le vieillissement des paramètres d’analyse scientifique sur lesquels se fondent les décisions.
L’épidémiologie appuie sa compétence analytique modélisatrice (donc en tant que prédictrice des
décisions opérantes à prendre) sur des critères de virus et de bactéries. Or aujourd’hui, les pathologies qui
s’accroissent sont des maladies de système, affectant le système hormonal, le système reproducteur, le système immunitaire,
les cancers, les diabètes, bref des maladies où la compétence cognitive réside moins dans la connaissance de l’élément
infiniment petit que dans la compréhension de l’interaction entre les systèmes et/ou entre l’homme et son environnement.
Les « pathologies environnementales » sont de ce fait encore peu reconnues par la science officielle et tous les essais sur
l’impact environnemental des molécules chimiques se heurtent au manque de preuves épidémiologiques.
Que ce soit le confort de croire que l’on maîtrise avec les outils d’analyse du passé la connaissance du futur, que ce soit les
blocages politico-économiques des Entreprises fabriquant des molécules chimiques très lucratives, on aboutit à ce que
Corinne Lepage[1] appelle une « ignorance organisée » (évidemment très pénalisante pour l’espèce humaine)
Trois mois d’essai sur les rats ont suffi aux USA à valider l’innocuité des OGM, et l’on continue de moquer les Pythies
alertant sur les dangers des émissions d’ondes électromagnétiques comme de simples ennemis du progrès. On rétorque aux
whistleblowers[2] qu’aux USA on ne meurt pas plus que chez les peuples sans OGM, sauf que les diabètes et cancers croissent
en Amérique du nord plus qu’ailleurs.
On dépense des millions pour prévenir une grippe A-H1N1 qui risque de toucher 5000 personnes, mais on n’agit pas pour
les millions d’enfants pollués par les Polychlorobiphényles (PCB) de la Seine et du Rhône. Trois cents grammes de moules
de baie de Seine contiennent l’équivalent d’une pilule anticonceptionnelle[3]. Les poissons se féminisent rapidement de par
les rejets hormonaux contenus dans les eaux usées. Quant à l’analyse de l’interaction des différentes molécules chimiques
ingérées par la population, elle se réduit à une ligne de la notice enjoignant « de signaler à son médecin la prise d’autres médicaments ».
Nous continuons donc de traiter nos déchets et risques environnementaux par des décisions ancrées dans une pensée
à échelle réduite, où règnent le court terme et la spatialisation nationale. Peu de réflexion dans ce domaine à
l’échelle planétaire, malgré la conférence de Rio : si une nation plus développée peut payer une plus pauvre pour
s’exonérer de ses déchets, elle le fait, tant règne encore en ce domaine ce qu’Edgar Morin a nommé « l’hélice de la conquête[4] » et
qui nous maintient dans une attitude post-colonialiste. Nous perpétrons donc la pollution de l’eau et de l’air
qui eux n’ont pas de frontière.
La myopie qui caractérise nos décisions à courte vue affecte aussi la pertinence de la démarche scientifique. Notamment
l’enfermement dans des disciplines étroites et cloisonnées qui ne peuvent fonctionner qu’en s’alimentant par toujours
plus d’hyper analytique, toujours plus de séparation des champs, interdisant une vraie connaissance transdisciplinaire.
C’est pourtant par là qu’on obtiendra la lecture d’interactions propres à décoder nos systèmes complexes. Réfléchir
aux maladies de l’environnement demande évidemment aux spécialistes des sciences de la terre, de la vie, et de l’homme, de travailler
ensemble, puisque ces pathologies sont issues du changement de contexte que nous avons initié pour un huitième de l’espèce humaine,
en un mode de vie que nous envient les pays émergents : espace et air confinés, nanotechnologies, généralisation de produits
toxiques, pollution atmosphérique, course aux biens matériels et stress mentaux forment désormais les éléments de notre survie.
Ce changement de contexte, en sollicitant différemment notre adaptation, interroge donc notre méthode de penser le contexte.
Par exemple il faut s’atteler à faire émerger une méthode qui prouve l’impact de l’environnement sur ces nouvelles pathologies,
puisque l’épidémiologie ne peut répondre à cette question. On peut déjà voir les prémisses d’un élargissement de
champ dans une écomédecine, défendue aujourd’hui par un certain nombre de médecins sensibilisés et sensibilisant
aux effets évidents des pollutions repérés dans leur pratique, plutôt que de les cacher. (« Nous n’avons d’autre choix que
d’inventer une écomédecine » Gilles-Eric Seralini, in Nous pouvons nous dépolluer , ed J. Lyon)
Le Docteur Joël Spiroux, organisateur en octobre 2009 du premier congrès sur les pathologies environnementales[5] à
Rouen en appelle à modifier la représentation de la santé que peuvent se faire les étudiants de par le
formatage de leurs études : « Déjà, il faut proposer aux médecins une formation en santé environnementale, une matière
qui n’est pas enseignée en faculté de médecine. Il s’agit pourtant de la plus belle discipline médicale, car elle est
au carrefour de toutes les autres. Elle nécessite d’appréhender le monde dans sa complexité et de savoir anticiper.
D’ailleurs, les étudiants de toutes les disciplines devraient recevoir une formation en écologie
fondamentale pour connaître l’impact environnemental de leurs actions.[6] »
Dans le champ de l’action politique, on applique les croyances[7] de l’analyse économique néo-classique bâtie sur
quatre critères pragmatiques : rationalité, utilité, profit, quantification, qui ont étayé somme toute le mythe de l’homo oeconomicus.
En appelez-vous même pas aux grandes causes, seulement à quelque valeur morale ou sociétale, que le Politique local vous répond :
« ça n’intéresse pas le citoyen, il lui faut du pratique »
C’est ainsi que se construit une réduction du champ politique (bien néfaste en premier lieu au citoyen, mais en second
lieu aux Politiques aussi si l’on en croit la désaffection des votants) à force d’enfermer celui-ci dans la gestion politique
du court terme et du pratico pratique quotidien. Bien peu osent afficher un discours différent ; d’une part par peur de déplaire
aux électeurs, d’autre part car l’époque n’est pas à la créativité, bien que tous affichent un « projet[8] ».
En effet, cet enfermement entraîne la perte de la dimension d’utopie contenue dans tout modèle politique, sous peine de n’être
qu’un programme de gestion des affaires courantes. La compétence d’utopie permet de se décoller de la réalité et de la tyrannie
de sa description analytique, en un espace non pragmatique revendiqué comme tel. Eussions-nous avancé si nous n’avions
fait que décrire la réalité depuis Néanderthal ? Une société peut-elle se penser si elle ne fait que décrire son immédiateté ?
On peut même relier cette réduction de la politique au court terme à la réduction de la seule logique financière que défend
le modèle économique financier, et qui a muté aujourd’hui en modèle politique ultra-libéral.
C’est un modèle qui réduit l’homme à l’élément, en une vérité sans contextualisation. Le modèle économique
faisait de l’homme un agent maximisant les biens, le modèle politique assimile l’homme au seul objet financier,
en une éviction du sens qui nie l’interaction homme/système.
Difficile dans ces conditions de relier des éléments pour leur donner du sens alors même que cette reliance ferait
émerger de nouvelles réponses. Difficile de relier le local et le global, difficile de mettre en place un agenda 21 qui bouleverse
les cases politiques à échelle réduite dont on a la maîtrise (comment relier ainsi que le préconise un Agenda 21 local –incarnation
pratique des principes issus de la Conférence de la Terre de Rio- en une même visée relayée par des décisions cohérentes : la consultation
des citoyens, la construction d’un immeuble Haute Qualité Environnementale, la valorisation des déchets et le lien intergénérationnel
que l’on traitait jusqu’alors séparés ?), difficile d’oeuvrer dans le champ du développement durable si l’on sépare
les projets sociaux des projets économiques et des projets environnementaux, ainsi qu’on l’a toujours fait.
Cette difficulté engendrée par la séparation des visions et des champs de faisabilité, entraîne les Politiques –sauf
ceux qui ont une compréhension plus complexifiée de leur territoire ou de leur rôle- à attendre « l’obligation légale »
pour faire différemment –tels les Grenelles I et II. S’il n’y a pas de volonté politique de faire global, on attendra
donc l’obligation de la loi pour voir global et dans l’intervalle –un mandat !- on aura fait
ce que l’on sait faire : du local et du court terme.
Réduction d’échelle qui enferme à son tour le citoyen dans une démocratie à échelle réduite où il continue
d’être informé plus qu’il ne participe à la co-construction de son espace de vie. Eviction du sens là aussi,
éviction d’un projet politique partagé –sauf par quelques proches du Politique en place- éviction d’un projet
de société, car qui dit projet dit projection, donc changement d’échelle au minimum temporelle, sinon spatiale.
Comment, dans cette erreur d’interprétation sur les conditions de compétence de l’action, alliée à l’illusion que
le contexte a changé d’échelle mais ne demande pas un changement de paradigme, irons-nous à la gouvernance ?
Tant que nous essaierons de modéliser le très grand par la modélisation de l’infiniment petit,
nous n’engendrerons que de la juxtaposition. De même qu’une entreprise de 6000 personnes éclatées en
plusieurs pays ne peut fonctionner comme des unités séparées, de même un Conseil général de 4000 personnes
ne peut fonctionner en services cloisonnés. Car c’est ce qui les relie, ce tissu conjonctif, cet espace interstitiel
qui va créer la valeur propre ajoutée par cette échelle étendue, en portant le changement, l’autrement possible.
Et c’est là le champ et la nécessité de la gouvernance, en tant qu’elle devra/saura articuler l’éclatement des
échelles (de temps, de processus, de logiques) pour leur donner sens.
Tant que l’on ne saisit pas ce changement d’échelle comme une chance de faire autrement, les acteurs du système
recherchent son homéostasie en maintenant des degrés d’opérationnalité inférieurs car centrés sur la fermeture
et la protection des frontières entre les entités.
L’union européenne illustre politiquement cette gouvernance à inventer, et l’on voit comment, à chaque Sommet
réunissant les chefs de ses nations, chacun pense sa nation. Idem au niveau des Partis politiques.
Les trois grands blocs du parlement européen (Gauche, Droite, Centre) s’allient difficilement sur un thème
transversal et reproduisent la position des blocs nationaux d’abord en affirmant leur identité « contre » les autres.
Bien que les raisons de faire séparés soient de nature différente entre les services d’un Conseil général
et les élus du Parlement européen, le solde est le même : pas de création d’une vision méta qui permettrait
sans doute d’élaborer des réponses pertinentes à une échelle étendue.
Dans le champ de l’organisation professionnelle, on voit la difficulté des acteurs à élaborer une évaluation globale,
et bien que l’on parle de « performance globale », tant que l’on essaiera de la construire avec des indicateurs
séparés, étroits, par des critères mesurant la valeur de cases ou d’outils non reliés, plutôt que d’évaluer la production
de flux, articulations et processus, on n’y parviendra pas, et les acteurs continueront de se heurter à
l’abstraction de la chose, sans savoir comment se l’approprier, sans pouvoir la concevoir comme une méthode à inventer.
Comment en effet évaluer une compétence méta avec des yeux de taupe ? Peut-être que beaucoup de taupes ensemble pourraient dessiner
un paysage suffisamment étendu pour que l’ensemble des taupes finisse par créer ses propres critères de vision commune,
d’où il sortirait d’autres outils de pilotage ? La myopie et la disjonction de nos outils d’évaluation mettent aujourd’hui
les acteurs, pourtant persuadés de la nécessité de la chose, devant un véritable iceberg cognitif : comment construire
une vision globale de la performance, c’est-à-dire comment lire et réorganiser l’organisation professionnelle en vue de
l’adapter aux convulsions du contexte, avec des critères de performance spécifique économiques, financiers, juridiques,
techniques, humains, environnementaux qui ne lisent que des compétences de cases ou de silos ?
Aujourd’hui l’on sait très peu évaluer les gains d’un service aux personnes, d’un accompagnement, des processus humains
solidaires, des activités créatrices de lien et de biens moraux. On n’en voit donc que les coûts, héritage de
l’évaluation des processus par la seule comptabilité analytique.
A quand la suppression de l’homme parce que la vie coûte cher ? (Les équipements collectifs, les soins,
l’éducation, est-ce que ça rapporte de l’argent ?)
De même, l’organisation professionnelle a-t-elle infiniment de difficulté à sortir du formatage de l’échelle du passé,
à travers le produit fini d’un monde fini, élaboré par un cheminement cartésien, taylorien et fayolien. Elle a trop
peur du désordre, de l’élément nouveau qui va casser ce produit –et donc la vision du monde qui va avec- .
Au lieu que l’élément perturbateur de l’ordre établi devienne source d’adaptation par une faisabilité nouvelle,
elle va essayer de reproduire le produit fini conçu par le toujours même cheminement linéaire. Impossible alors d’admettre
l’aléatoire, cette ouverture sur les possibles d’une autre organisation, d’une vision élargie et planétaire systémique.
Le champ sociétal montre –comment pourrait-il en être autrement, les difficultés d’adaptation sociétales
sont autant faites par la disjonction des champs que la disjonction des champs est renforcée par les difficultés sociétales-
une réduction des possibles généralisée. Le citoyen dans notre société est confronté à la difficulté de trouver un
travail malgré l’allongement de la durée de vie apprenante, à la difficulté de se loger par pénurie financière et
territoriale, l’entreprise est confrontée à la difficulté de recruter, parce qu’engluée dans son modèle
financier, elle cherche un bien qui n’existe pas : une somme de compétences sans état d’âme, et la société entière est
confrontée à la difficulté de construire un projet de société autre[9]. Notre société de vieux prône le jeunisme,
c’est une image signifiant la difficulté de sa mue vers un autre modèle que le financier. L’acteur qui possède
un peu de pouvoir dans ce paysage, campe sur son petit pouvoir d’action en essayant d’en
profiter (au sens propre de « profit ») au maximum, et les places sont réservées au « fils de... » en politique,
comme dans le show biz, comme dans les Organisations.
Jusqu’à quand l’auto-défense et l’auto-réduction permettront la pérennisation du modèle prégnant ?
Le G7 est devenu G20, incluant des pays jadis émergents qui n’ont pas l’ambition de modifier le modèle. Mais
quand les pays émergents seront les plus nombreux, peut-être le modèle évoluera-t-il.
On est donc confronté,- logiquement puisqu’il y a réduction du construit du monde à une unilogique- après
la perte du lien, à la perte du bien.
Qui rend l’espèce humaine dans sa partie occidentale très malheureuse, elle qui s’est peu à peu décentrée sur l’unique possession matérialiste.
Cette spirale de fermeture sur le seul critère quantitatif crée une réduction des possibles sociétaux où l’on peut
voir le contraire de l’éthique[10]. Que serait devenue l’espèce humaine si elle n’avait développé
que la seule forme de silex à qui elle avait attribué à l’époque la plus forte valeur marchande ? Dans notre société,
la réduction du champ des possibles rogne l’espace de liberté de l’espèce : sa créativité, son adaptation,
sa faculté de produire une réponse intelligente et différente.
On en oublie de poser la question centrale et récurrente de toute réflexion sociétale : « de quel homme voulons-nous ? »
De celui qui multiplie les pathologies mentales nouvelles – qui elles sont bien transversales,
touchant à la fois ses capacités mentales, physiques et sociétales- de celui qui est exclu des modèles
ambiants – scolaire, professionnel, citoyen- parce qu’ils ne conviennent qu’à 70 % de la population et
puis un jour, à encore moins ? - de celui sans projet ni projection qui cherche à oublier dans
les addictions diverses (jeu, réalité virtuelle, tranquillisants, alcool, drogue) qu’il a peur et aura de plus en plus peur ?
A force de ne penser que des coûts, nos productions ne créent plus de richesse et finissent
par coûter plus cher qu’elles ne rapportent, d’où l’endettement galopant public et privé.
Le modèle financier est une spirale mortifère qui comme toute spirale mortifère, a évidé son sens.
Ainsi donc, nous pensons le monde avec un type de pensée qui appartient au passé
et nous confère une myopie destructrice.
C’est ainsi que cette myopie privilégie pour les processus temporels, le court terme ; pour la conception
de l’espace, un territoire réduit ; pour la production, l’objet fini[11] ; l’échelle de l’élément –le plus
souvent hyperanalytique- ainsi que le cheminement linéaire, comme bases des processus d’élaboration
de connaissances ; la reproduction du même au même en tant que socle de construction des raisonnements et
décisions ; l’ensemble donnant naissance à une lecture du monde et de la place de l’homme dans ce monde, mixant
les certitudes du positivisme scientifique et les croyances de l’ultra-libéralisme économique.
Enfin, la plus grave sans doute de ses caractéristiques : cette vision pathologique, en nous empêchant
d’évaluer et de juger nos actions autrement que tautologiquement, nous rend inaptes à changer de contexte.
L’absurde gagne toujours la première manche, le sens à grand-peine réapparaît. Cela n’empêche pas l’absurde de continuer à proliférer. Il y a contradiction, coexistence sans victoire. Heureusement car le sens n’est pas tout. Parfois il illumine, mais seul l’absurde dévoile cette part d’ombre que nous voudrions tant ne pas voir.
Henry BAUCHAU, Journal d’Antigone
Il nous faut donc adopter un nouveau paradigme de pensée pour guérir de notre myopie meurtrière.
A la place de la juxtaposition élémentaire, il nous faut aller (inventer) vers une pensée combinatoire et articulatoire.
Car l’extension d’échelle à laquelle nous sommes conviés à nous adapter demande en fait une articulation
des échelles en présence, que nous avons conçues comme séparées. Mais l’accès à une intelligence d’articulation
d’échelles se fera, nous semble-t-il, par la combinaison de trois formes de compétence : penser
l’organisation des flux ; penser l’enchevêtrement ; réhabiliter l’heuristique.
L’articulation des différentes échelles est déjà à l’oeuvre dans les phénomènes de gouvernance, de subsidiarité,
de Responsabilité sociale de l’Entreprise, dans le fonctionnement montant des Organisations dit des « parties prenantes ».
Dans tous ces phénomènes, nous pouvons observer une dialogique morinienne[12] cherchant à relier le court terme et le long terme ;
l’autonomie et la cohérence ; biens financiers, biens sociétaux, et biens environnementaux (ou du moins absence de nuisances
environnementales) ; logique du citoyen, logique du politique, logique de l’expert ; pouvoirs locaux et pouvoirs supranationaux.
On y repère aussi un sens transversal qui lie en amont et en continu ces logiques a priori éclatées, et qui va
établir une vision élargie, une « représentation collective[13] » des acteurs telle une brique de base, leur
permettant de faire ensemble autrement. Ainsi en est-il du sens transversal et relieur des problématiques
mondiales auxquelles est confrontée l’espèce humaine pour survivre : utilisation et recherche de l’énergie,
solidarité entre les peuples, gestion des ressources naturelles et alimentaires, inclusion/exclusion sociale,
production de biens et savoirs virtuels.
Ces problématiques sont déjà produites et productrices d’échelle étendue. Ainsi la Responsabilité
sociale de l’entreprise[14] ou l’organisation entreprenariale en parties prenantes font-elles déjà évoluer la
valeur « Travail » vers une échelle étendue : il ne s’agit plus seulement de produire une activité qui
nourrit son homme (encore que !), mais une activité qui ne nuise pas aux autres acteurs de la société,
et si possible leur procure un bien supplémentaire à long terme. On commence donc d’entrevoir des
faisabilités où intérêt personnel et intérêt collectif vont s’enchevêtrer, alors que leur divorce semblait
consommé dans la société occidentale d’aujourd’hui.
Cela nécessite une forme de pensée entrant dans une conception élargie des catégories du temps et de
l’espace pouvant nous convier à une articulation des échelles, sans réduire l’une à l’autre. Le développement
durable nous y invite déjà, non seulement parce qu’il est le produit des différents champs : le social, l’environnement
et l’économique traditionnellement séparés, mais parce qu’il cherche aussi à articuler le court terme et le long terme.
Ainsi au titre des 21 recommandations d’action de l’Agenda 21, trouve-t-on : allonger les horizons d’analyse,
créer des emplois durables, gérer la cité dans la durée, lutter contre la pauvreté...
On voit donc que la compétence de l’élu dépasse l’échelle de son seul mandat, tout en ne supprimant pas la
gestion quotidienne des affaires courantes. Ainsi l’articulation des échelles fait-elle évoluer la notion de
décision publique, traditionnellement limitée aujourd’hui à l’image d’un acteur omnipotent (l’élu le plus souvent) qui
choisit seul. Bien que cette image flatte l’ego du Politique, elle est totalement irréalisable –et contre-productive.
En effet quel acteur peut-il prendre une décision tout seul alors qu’il lui faut de l’information plurielle,
un staff de compétences nombreuses sur lesquelles il ne peut que s’appuyer- il y a là un fantasme centralisateur du pouvoir
que même Louis XIV n’a pu assumer avec son «Etat c’est moi ! »- ; l’image est contre-productive de citoyenneté,
car elle éloigne le citoyen de l’idée qu’il peut co-construire les politiques qui le concernent.
Or l’on sait bien que c’est par la confrontation de la diversité et le nombre des acteurs que l’on peut
faire changer les représentations des construits sociaux de façon autonome, interne au système, telle que
la démocratie, système complexe, ouvert, entropique, que l’Etat régule, certes mais qui auto-construit son
autonomie[15] , alors qu’un régime totalitaire va changer le système par contrainte hétéronome[16]
Court terme, long terme s’articulent nécessairement dans la gouvernance, le stratégique nourrissant l’opérationnel,
qui nourrit et réorganise le stratégique. Il reste alors à inventer comment on évalue la boucle réorganisante,
qui dira que l’on a alors commencé de modéliser l’action en échelle élargie.
Pour ce qui concerne le domaine de la santé, n’évoquons plus les conséquences de la sur- spécialisation de
la médecine au quotidien, réduite à la vision d’une case -car soit suspendue à la seule prescription
médicamenteuse, soit au verdict de la machine- héritière du fantasme de l’optimum mythique d’un siècle où
la techno-science prenait son essor et se trouvait encore en adéquation avec le contexte historico-sociétal.
Essayons plutôt d’atteindre en amont la pensée qui préside à cette vision, pour en ce champ encore, passer de
la compétence analytique de l’élément à la compétence d’interactions entre les éléments, en vue de nous faire
entrer dans la compréhension élargie d’un système.
Mais ainsi que l’énonce Pierre Sonigo, tant que nous chercherons à travers la seule explication de la case « gène »,
la case « protéine », la démarche linéaire « séquençage », notre vision de myope ne nous donnera pas
de clés systémiques : « ayant participé au séquençage du génome du virus du sida en 1984, je dois reconnaître
que même si elles constituent un outil de recherche très précieux, les séquences d’ADN n’ont pas suffi à nous
fournir les clés de la compréhension et de la victoire sur cette maladie[17] »
C’est donc bien l’échelle de pensée de notre paradigme cognitif qui est défaillante.
« La génétique et les technologies avancées règnent sans partage sur la biologie actuelle.
De plus les deux notions qui fondent la génétique, l’individu et la causalité, nous sont très chères.
C’est pourtant la « barrière génétique » qui ferme l’accès aux grands problèmes de la biologie :
cancer, immunité...L’expérience d’une évolution sans gènes mérite d’être tentée : les individus se connectent
au sein d’un phénomène physico-chimique qui se propage comme une onde dans le temps et l’espace[18] »
Les dogmes de la connaissance édifiés par le siècle précédent sont encore tellement prégnants qu’ils obturent
tout pas de côté en tant qu’hérésie- au sens propre. Même l’échec dans lequel cette homéostasie de l’esprit met
l’espèce humaine –qui sait pourtant que sa confrontation aux défis de la compréhension l’a maintenue
en vie jusqu’alors- ne suffit pas à la faire changer de cadre.
La connaissance a néanmoins avancé par dogmes successifs, les informations devenant alors
des croyances –on voit bien que le vocabulaire religieux a ici toute son utilité- et sans doute
le stade de la croyance est-il contemporain de la dégradation de la connaissance, l’ayant rendue
insidieusement inopératoire alors même qu’elle est conservée parce que rassurante. « Plutôt que de s’acharner
sur un livre de vie postulé mais indéchiffrable, il faudrait admettre qu’il ne s’agit pas d’un livre,
chercher ailleurs et surtout autrement.[19] »
On peut imaginer de même que le phénomène de dogmatisme obture aussi la recherche autour de la
théorie des cordes A force de ne pas trouver de théorie unifiée, ne doit-on pas remettre en question
le dogme en amont, et se demander pourquoi une théorie unifiée ?
N’y a-t-il pas à sa base un fantasme récurrent du rationalisme de trouver la lecture unique
qui réduira la diversité ? La réduction de la science à une théorie unique indique le fait d’une société
obscurantiste, c’est-à-dire une société qui s’enferre dans son obscurité savamment argumentée, mais qui perd
de vue le but ultime, éthique, qui est de produire une connaissance responsable de sa connaissance,
et non pas un contenu accordé à des objectifs à logique unique et réduite, telles la position académique ou la rentabilité financière.
« Il n’est pas sain que ce monopole prive de jeunes chercheurs de la possibilité de choisir d’autres
voies, et que certains des leaders de la théorie des cordes soient à ce point assurés de la domination
sociologique qu’ils puissent dire : « si une autre théorie réussit là où nous avons échoué, nous l’appellerons théorie des cordes[20] »
« La leçon que nous devons tirer de ces trente dernières années est que les problèmes
d’aujourd’hui ne peuvent pas être résolus par une voie scientifique pragmatique. Pour poursuivre les avancées
de la science, nous devons à nouveau nous confronter aux questions essentielles sur l’espace et
le temps, la théorie quantique et la cosmologie.[21] »
En somme, revenir à aux « questions indécidables » de von Foerster, qui appellent notre liberté
pour les comprendre, le contraire de notre soumission à un quelconque dogme, fût-il pourvoyeur d’une place confortable.
Les solutions à nos problèmes de santé seront apportées par un changement de regard et donc de
cadre d’étude, survenu de par le croisement entre le champ social, le champ environnemental et le
champ économique, ainsi que le montre l’initiative de quelques acteurs tel Patrice Halimi,
médecin cofondateur de l'Association Santé Environnement Provence, rassemblant 2500 médecins en France,
qui n’imaginent pas de séparer l’analyse des effets des médicaments de leurs conséquences sociétales sur leurs patients.
L’élargissement du champ cognitif passe ici par l’élargissement de la responsabilité des effets de la science sur le citoyen.
Autre raison de changer de paradigme, cette extension d’échelle de notre contexte nous a
fait passer d’un fonctionnement de système fermé à une entropie de système ouvert. Nous sommes donc
condamnés à aller chercher toujours plus d’énergie à l’extérieur des frontières du système pour nous maintenir en vie.
Cette énergie prend la forme aujourd’hui de flux d’informations, de populations, d’argent et de
biens (objets ou services) divers. Cela nous entraîne à passer d’une société de produits à une société de flux.
Or ce qui peut faciliter notre adaptation dans un tel contexte, c’est la fluidité des flux : la fluidité des informations
via Internet est un gigantesque accélérateur de reliance des pauvres particules isolées que sont les hommes.
C’est la possibilité de ce flux qui nous fait avancer vers une société des savoirs, qui permet la matérialisation d’une forme
d’intelligence collective (via les wiki, desmographies et cartographies émergentes), que sa grande échelle protège des captations de pouvoir.
Par contre, à chaque fois que les flux sont contraints d’entrer dans un circuit fermé, bloqués par de multiples barrières étanches,
par les instances de pouvoir en place, réduits à une échelle de case, enfermés par la seule logique
financière, entravant les individus en formant un obstacle à leur circulation, ils deviennent objet de conflit
sociétal menaçant gravement l’espèce humaine[22]. Il en est ainsi pour les flux d’argent, de populations et
de biens, plus ou moins légitimement encadrés par la loi.
L’intelligence à venir est donc celle qui saura penser et organiser –car elle ne se régulera pas seule- la transmission
des flux, plutôt que de la bloquer.
Le flux informationnel produit et producteur d’ouverture d’un système mondialisé n’est cependant pas plus en avance
d’un modèle que les autres flux. Le système informationnel décisionnel dans l’Entreprise appartient le plus souvent
encore au modèle mécaniste : les informations et les hommes sont séparés, la machine (canal, outil) les relie
simplement dans un flux opérationnel.
Mais le système observant n’y est toujours pas intégré : ce que l’homme fait de l’information n’entre pas ou très peu dans
la conception du modèle décisionnel des organisations.
On peut néanmoins témoigner de quelques percées en rupture de conception commune en ce domaine informationnel, porteuses
d’espérance ! Ainsi le Manifeste AGILE, rédigé par 17 experts en informatique veut développer des méthodes
satisfaisant à quatre principes réintroduisant l’homme dans la logique et l’utilisation informatique. Il
s’agit de privilégier plutôt l’interaction avec les personnes que les processus et les outils, plutôt
un produit opérationnel qu’une documentation pléthorique, la collaboration avec le client plutôt que la
négociation de contrat, et la réactivité face au changement plutôt que le suivi d’un plan…
Le changement de focale se produirait et serait produit par une pensée de l’enchevêtré, telle qu’a pu commencer
de l’initier Benoît Mandelbrot avec sa théorie des fractales[23], ou Francisco Varela, hélas interrompu précocement
par la mort : « l’organisme et l’environnement s’enveloppent et se dévoilent mutuellement dans la circularité
fondamentale qui est la vie même[24]»
La deuxième loi de la thermodynamique a en effet ouvert une brèche épistémique dans la question de l’auto-organisation.
Auparavant l’auto-organisation d’un système (fermé) pouvait être centrée sur son auto-référence. Mais à partir
du moment où l’on a évoqué un système ouvert, on a certes étendu la notion d’échelle, dudit système à son environnement,
mais aussi et surtout cela a bousculé la notion de frontière qui avait engendré l’idée d’identité construite sur la séparabilité.
La séparation dedans/dehors par exemple entre dans la catégorisation qui est l’une « des activités cognitives les
plus fondamentales accomplies par tous les organismes[25] », en tant qu’elle leur permet de transformer l’expérience primitive
en connaissance, transformation que Jean Piaget avait pour sa part affinée en « accommodation » et « assimilation » des schèmes nouveaux.
En modifiant la catégorisation de frontière, l’ouverture du système engendre un bouleversement profond de
nos fondamentaux cognitifs, et donc de nos capacités d’apprentissage, et donc de nos compétences d’adaptation, en
nous demandant de passer de la séparabilité à la non séparabilité.
Les avancées explicatives de Francisco Varela que recouvrent ses définitions de « clôture opérationnelle », d’ « émergence »
et d’ « énaction » tentent d’élargir la compréhension de la non-séparabilité en tant que fondement (à son début) d’une pensée non-linéaire[26]
En effet en définissant la clôture opérationnelle comme « une combinaison de processus, une concaténation circulaire
des processus qui constituent un réseau indépendant », Varela déplace en fait la notion de système au réseau ; avec
l’émergence qu’il considère à la fois comme l’action d’émerger et les conditions de cette émergence, il affranchit celle-ci
de l’échelle plus limitée d’ensemble identitaire ; et avec l’énaction, il joint deux sens de flux jusqu’alors séparés et distincts
par la biologie : la perception est à la fois l’action de percevoir et les structures cognitives permettant
cette action, l’une et l’autre s’inter-auto-organisant.
Par ces trois extensions de catégorisation, Varela nous fait entrer davantage dans le caractère
auto-organisateur d’un système ouvert, en le définissant non plus par sa séparation d’avec son environnement,
mais par ses processus de (ré) organisation de par son environnement.
Ces définitions nous aident à penser l’enchevêtrement, marche cognitive pouvant nous faire avancer dans notre
adaptation à vivre –soit connaître et faire- dans les systèmes non-linéaires
Nous voilà donc rendus à notre questionnement épistémique de départ : où nous restons
dans notre myopie, meurtrière pour l’adaptation de l’espèce, comme tout système qui se clôt sur lui-même,
ou nous changeons de focale, synonyme de réouverture du système.
Mais, de même qu’il ne suffit pas de changer d’échelle quantitative (c’est-à-dire juxtaposer plus d’éléments)
pour s’adapter à notre environnement complexifié, il ne suffit pas d’élargir nos mêmes fondements
cognitifs pour nous adapter à une construction du monde non-linéaire.
« Notre situation historique exige non seulement que nous abandonnions le projet philosophique
de trouver des fondements, mais que nous apprenions à vivre dans un monde sans fondements. Laissée à elle-même,
la science –c’est-à-dire la science dépourvue de tout lien avec l’expérience humaine quotidienne- est
incapable d’accomplir cette tâche.[27] »
J’ajouterai que la politique ne le peut pas plus.
S’il n’y a plus aucun modèle d’action prédictible opératoire de par ce changement d’échelle et
de statut des systèmes prégnants, alors il est temps d’en inventer un autre ou d’autres.
Pour être créatif, il faut être libre.
Pour être libre, il faut s’être libéré; ce qui n’est pas synonyme d’un état donné, de
fait – quel homme au monde pourrait se dire libre ? - mais d’un état gagné, au sens de conquis, par nos actions.
Je vois aujourd’hui trois champs où nous avons à rompre nos attaches, devenues enfermement, pour reconstruire
notre liberté, et réintroduire l’entropie vivifiante nécessaire à un nouvel essor.
Sur le plan sociétal, il nous faut pour survivre rompre les attaches avec le système capitaliste, enfermant
l’individu et le collectif dans la seule valeur financière. A sa place, réhabilitons la valeur
du lien, flux articulatoire entre les intelligences et les volontés humaines grâce auquel l’espèce a perduré
jusqu’ici –certes pas dans l’harmonie, mais précisément on peut faire mieux en recentrant la société sur l’homme et son devenir.
Sur le plan politique, nous avons à reconstruire notre liberté par la voie d’une autre
forme de démocratie. Aujourd’hui, on n’imagine guère en Europe, où l’on se montre volontiers en
champion mondial de la démocratie, comment on pourrait accroître le degré de démocratie.
Certes, nous sommes plus démocrates que certains !
Pourtant la démocratie représentative perd son sens chaque jour, s’enfermant dans les derniers retranchements
du pouvoir, redevenu féodal A sa place, inventons une autre forme de démocratie, où la société
civile joue un rôle actif et co-construit le sens de ses projets de vie, et en amont une autre organisation politique.
Sur le plan scientifique, la liberté de pensée est à reconstruire, elle passe par la libération vis-à-vis des dogmes du passé, qui sont comme autant de piliers assurant l’académisme en tant que gardien de l’ordre social. Arrêtons de formater étudiants et chercheurs sur le moule de l’obéissance : « si tu veux une place, alors ne change rien ». A l’endroit de ce formatage mortifère, laissons émerger une science transdisciplinaire, réhabilitant l’expérience humaine. « La création n’a jamais lieu in nihilo, ni cum nihilo ; en tant que forme elle est ex nihilo[28] ». Cette rupture qu’il nous faut accomplir « à partir de rien » s’apparente à un saut sur le vide, mais en demandant de renoncer à un modèle qui existerait quelque part, elle crée les conditions de reconstruction d’autres fondements.
Rupture, saut, vide, renoncement : ne sont-ce pas là les ingrédients d’un projet constructiviste, projet de chemin et chemin de projet à construire en même temps avec l’absurde contre l’absurde?
[1]Ancien Ministre de l’environnement, Députée européen,
Fondatrice de Cap 21, Vice-présidente du Modem et fondatrice du Think tank « Terre démocrate »
[2] Littéralement « Lanceur d’alerte » personne qui constate un comportement illégal dans sa fonction ou son travail
[3] Cité par le Docteur Joël Spiroux, dans Terre à terre, France Culture du 14/11/09
[4] La Méthode, T5
[5] Et auteur de : Les pathologies environnementales ed , Josette Lyon, 2007
[6] Interview dans Geo Environnement, septembre 2009
[7]Je dis bien « croyances » car il s’agit d’un construit économique fondé sur des postulats qui n’ont rien de lois naturelles
[8]Littéralement « jeter devant », ce qui sous-entend un construit sur un minimum d’imaginaire.
[9] « Nous sommes passés d’une économie de marché à une société de marché, une société
malade de la quantification, en particulier de la quantification monétaire, nous sommes passés d’une société
qui avait de la valeur, à ce qui na pas de prix, n’a pas de valeur » Patrick Viveret, Philosophe et essayiste
altermondialiste, conseiller référendaire à la cour des Comptes, in Rapport de la mission : « Nouveaux facteurs de richesse »
[10] Si l’on en croit la définition de Von Foerster : « ouvrir le champ des possibles »
[11] Dans l’acception de non réorganisable
[12] Dialogique : « unité complexe entre 2 logiques, entités ou instances
complémentaires, concurrentes et antagonistes qui se nourrissent l’une de l’autre » La Méthode, T 6
[13] Cf Quelle Intelligence collective ? Evelyne Biausser, www.biausser.fr
[14] « Dans l’entreprise au sens pratique du terme aujourd’hui, la question de la
responsabilité sociale se trouve concrétisée au travers du concept de « triple bottom line » :
prospérité économique, respect de l’environnement, respect et amélioration de la cohésion sociale »
Yvon Pesqueux, p 157, in Organisations : modèles et représentations, PUF
[15]« Le paradigme de simplification postule la dictature
(tout est interdit, sauf ce qui est obligatoire: seulement il y a des dictées et des interdictions),
le paradigme de complexité postule la démocratie» Jesús IBÁÑEZ, Nuevos avances en la investigación social I, p. 15.
[16] Je place donc les revolutions dans les régimes totalitaires
[17]Pierre Sonigo, in l’Evolution, ed EDP, 2003
[18]ibidem
[19]ibid
[20]Alain Connes, Préface à Rien ne va plus en physique de Lee Smolin, ed Dunod, octobre 2006
[21]Lee Smolin ouvrage cité
[22]« L’exploitation est une suffocation de la liberté : une restriction
excessive à la circulation des flux d’énergie et/ou information ». Jesus Ibanez, El regreso del sujeto, p 153
[23]Structures à invariance d’échelle : présentant la même structure qu’elle que soit l’échelle
[24]In L’inscription corporelle de l’esprit, p 293
[25]Ibidem, p 240
[26]« Cette non-séparabilité est le symptôme justement, de la non-linéarité » Francisco Varela, Dialogue avec Castoriadis, p 78
[27]Incription corporelle de l’esprit, p 295
[28]Cornélius Castoriadis, Dialogue, p 76